4 février 2018

Carnet de voyage - Les Alpes de Lyngen par Bruno Garban

L’avion se pose enfin. Autour du Tarmac de l’aéroport, le ciel est gris, une lumière rasante balaye le relief, tout est blanc, une couche de poudre de la veille scintille, il fait froid. L’odeur du kérosène se mêle avec l’odeur de la neige et des embruns. Ici c’est Tromso, au nord de la Norvège, même latitude que le Groenland, à gauche, ou que Mourmansk, à quelques centaines de kilomètres à droite.

 
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Préparer son voyage de ski sur Airbnb

Airbnb, vous savez, c’est ce site de partage qui vous permet de louer un logement pas cher et un peu partout dans le monde. En fouillant du côté de la Norvège, et notamment de Lyngen, on y trouve de tout : de la boutique grand luxe, du petit pied à terre et aussi du bateau, à quai ou bien sûr pour caboter. C’est pour cette dernière option que nous avons opté. 

 

C’est simplement à partir de ce site que vous préparez un voyage de ski.

 

Reste ensuite à louer une voiture assez grande pour mettre votre matériel et à vous la liberté ! Ici, aux alentours de Tromso, vous naviguez à vue, une route côtière passe en bordure de fjord, vous posez la voiture en bas du départ de rando : il n’y a plus qu’à mettre les peaux, et vous montez. 

 
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Tromso et ses alentours

Tromso est une ville posée sur une île, desservie par trois ponts. L’endroit n’étant pas grand, tout est très dense : habitations, activités de service, de business, de pèche etc. Quelques stations de ski dominent la ville. Trop tard pour profiter du télésiège, surtout pour un trip freerando. Le temps est avec nous, nous profitons de la première journée pour faire un bout de route aux alentours de Tromso et tenter de repérer des spots de randonnée pour les jours suivants. Nous sommes en direction de Tromvik, le ciel bleu est grandiose, les montagnes sont blanches et fraichement poudrées, la mer bleu foncé luit et les lumières sont d’une pureté folle. Un arrêt vers Ersfjorbotn, un petit village de pécheurs de fond de fjord, le poisson sèche au soleil. De chaque côté des sommets, il y a des lignes et des couloirs. Heureusement, ici on va bien prendre le temps de trouver notre ligne, il y a de la matière à l’infini…

 
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C’est la fin de journée ; nous nous dépêchons d’enchainer les croisillons de montée de peur que la nuit tombe. En dessous de nous, Tromso s’allume. Le soleil tombe doucement derrière les montagnes, la lumière transforme les fjords en miroir. C’est à ce moment-là que vous prenez conscience que le coucher de soleil ne se fait pas en l’espace de dix minutes, ici de toute façon vous prenez le temps.

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Après deux jours de trip, la voiture n’est plus très vaillante. Nous l’avons garée au bord de la route juste après Ersfjorbotn, au bord du fjord. Collage de peaux, préparation du sac etc…Les croisillons s’enchainent régulièrement et la montée déroule, l’esprit s’évade et vagabonde dans les paysages alentours, imaginant des centaines d’autres lignes à skier. Du couloir bien raide ici, du grand ski dans la combe d’à côté, bref il faudrait au moins dix vies pour tout skier par ici.

 
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850 mètres de dénivelé plus tard, nous nous retrouvons au sommet de Storsteinnestindan (ne me demandez pas de le prononcer). Un décor extraordinaire est posé devant nous : en contre bas, Ersfjorbotn, puis un fjord, un autre fjord et au loin Tromso i le sommet de Storsteinnestindan semble tranquille, il est déjà tracé. L’envers de Storsteinnestindan est bien plus attractif car il n’est pas tracé. Les courbes s’enchaînent dans cette neige travaillée : il ne reste plus qu’à se laisser glisser jusqu’à Ersfjorbotn. Le temps s’est couvert et le vent souffle juste dans le bon sens pour nous permettre d’approcher un troupeau de rênes qui recherche de la broussaille à picorer aux pieds des bouleaux. Le troupeau a continué son chemin tranquillement et nous n’oublierons pas cette séance émotion inoubliable.

 
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LYNGEN : première approche

Après quelques jours passés aux alentours de Tromso, le temps est venu de nous rapprocher de la péninsule de Lyngen pour entrer dans le vif du sujet. Nous passons une multitude de bourgs (Hundbergan, Fagermes, Sorbotn, Laksavtn, Seljelvnes, Nordkjosbotn, Overgard, Oteren, Rasteby, Furuflaten) pour enfin arriver à Lyngsedet, un village de 900 habitants. Lyngsedet, c’est un point de départ pour rayonner sur la péninsule de Lyngen, où nous avons vite fait le tour. Nous décidons de faire un détour du côté de Svensby où la route s’étire le long du Kjosenfjorden. Les montagnes se redressent, de chaque côté sont posés des monts striés de couloirs rectilignes, le paradis du piolet et du crampon, notamment du côté des faces Sud de Sofiatinden. En bas de Store Kjustinden, une combe bien raide nous attend de pied ferme pour la montée. Ici, la physionomie du spot n’est pas la même qu’à proximité de Tromso, tout est beaucoup plus raide et tombe directement dans le fjord.

 
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En fin de journée, le supermarché de Lyngsedet ne voit passer que des skieurs, une sorte de supermarché international perdu au fin fond du Nord de la Norvège. Nous entendons parler toute sorte de langue, tous les clients déambulent en vêtements de randonnée, le rayon des bières et des graines sont pris d’assaut. L’occasion de faire le plein de saucisson et de viande de renne sous toutes ses formes et autre sachet de morue séchée pour la suite du trip. 

 
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LYNGSEDET : au départ de l'autre dimension

Comme évoqué précédemment, Lyngsedet, c’est un village perdu dans le creux de la péninsule de Lyngen. Sur le quai du port sont alignés des bateaux de pêche. Ici, la nature est préservée et les ports ne sont pas chargés de déchets en tout genre. Il n’empêche que l’eau est bien noire et que même en été vous n’envisagez même pas de tremper un bout de doigt de pied. Nous prenons place à bord du large pont de l’Opal, un deux mats de 24 mètres construit dans les années 50, une merveille de bois, très bien entretenu. Ranger du matériel de ski sur un bateau est quelque chose de surréaliste, l’accomplissement d’un rêve de skieur. Cela a quelque chose d’imprévisible, surtout quand les montagnes s’étirent à perte de vue. Nous prenons alors conscience que le voyage prend une autre tournure.

 
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Les cabines sont grandes comme des boites à chaussures ; l’endroit est étroit mais très cosy. Nous faisons connaissance avec nos collègues de croisière : un couple d’allemands et un italien. A la cuisine, Tord et Peter, notre guide. Nous entendons siffler l’eau juste de l’autre côté de la cloison de notre cabine et de l’autre côté de la coque du bateau. Pas le moindre bruit de moteur car celui-ci est électrique. Le petit déjeuner est l’occasion de faire un point sécurité et dénivelé. Le village se traverse rapidement et les peaux glissent tranquillement. Nous nous élevons progressivement. Au sommet, la perspective change ; où que nous posons notre regard, la Norvège a égrainé des centaines d’iles montagneuses toutes skiables, à la seule condition d’avoir de quoi caboter. Quelques graines et le moment est venu d’enquiller la descente, où il y a environ 30 centimètres de neige fraiche. Nous en profitons un maximum. En contrebas, nous apercevons le bateau à quai ; nous espérons que Tord le cuistot a pensé à mettre les bières au frais…

 
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L’Opal reprend sa route et glisse sur une mer d’huile. En face, le soleil tombe doucement sur l’Ile d’ Arnoya, contraste incroyable de couleurs : la mer est grise, le ciel est bleu et il y la neige sur les iles. Le moment est d’autant plus magique qu’il dure bien plus longtemps que ce qu’il aurait duré sous nos latitudes. Instant mystique et sensation de temps suspendu, le stock de bières n’a qu’à bien se tenir… Suite à ce moment d’émerveillement, nous accostons sur l’ile de Uloybukt. Nous sentons alors vraiment le Nord de la Norvège. Le petit village se résume à une cinquantaine de maisonnettes alignées non loin du rivage où des poissons sèchent sur le quai.

 
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Face à Kagen, la mer est agitée et le vent est présent. Tord et Jaap mettent l’annexe à l’eau. Nous accostons sur la plage où nous apercevons au loin seulement deux maisons fatiguées, le temps de coller les peaux, viser l’entrée dans la combe et s’élever doucement. L’esprit vagabonde et s’invente des randonnées à l’infini. Machinalement, je vérifie les couloirs, tout est du domaine du possible, à condition d’être en forme. Devant nous, Peter fait la trace, tel le métronome. Un bout de col plus loin, nous avons basculé l’échine de Kagen. Devant nous, un bon 1000 mètres de dénivelé à enquiller. Nous tirons en direction du sommet où le vent souffle fort et le sol est devenu un tapis mouvant. La boucle a duré 6 heures et environ 2000 mètres de dénivelé positif. L’Opal est loin de la plage, le soleil tombe et l’annexe arrive pour nous récupérer, demain va encore durer quelques jours.

 
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Je pourrai vous en raconter encore et encore tellement l’endroit est incroyable, infini, tellement la nature semble être restée figée. Si ce voyage ski de randonnée était différent, le ski nous a encore permis de vivre de nouvelles expériences dans une montagne toujours différente. Sur le pont de l’Opal revenant vers Lyngseidet, une seule expression nous vient à l’esprit : 

 

« C’est tellement bon que trop n’est jamais assez ».

 
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