19 mars 2019

Engagements croisés : Chloë Roux-Mollard x Protect Our Winters

Parcourir le globe à la recherche de la meilleure neige à skier et agir pour le climat, est-ce paradoxal ?
Comment accompagner des marques de textile qui fabriquent des biens de consommation, tout en aidant à limiter leur impact sur l’environnement et les hommes ?
Comment continuer à profiter le plus longtemps possible des joies que procurent les montagnes, tout en les préservant ?
Voici quelques éléments de réponses simples avec Chloë Roux-Mollard, ambassadrice Eider et de l’association Protect Our Winters, et Thibault Liebenguth, consultant AIR coop et président de Protect Our Winters France.

Thibault

On se connait depuis quelques temps, mais qui es-tu et d’où viens-tu ?

Chloë

Je suis une enfant des Arcs, j'ai grandi sur les skis et suis passionnée de montagne, plus particulièrement de freeride, de highline, d’escalade et d’alpinisme. Après avoir passé plusieurs années sur le circuit de compétitions de Freeride, je passe de plus en plus de temps en montagne en essayant de combiner toutes ces activités sur des projets qui me font rêver. Je suis aussi monitrice de ski et infirmière diplômée !

Chloë

Et toi, que fais-tu dans la vie Thibault ?

Thibault

Je suis le président de Protect Our Winter pour la France, et également consultant en stratégie environnementale et sociale au sein d’AIR coop, une coopérative du changement. Mais surtout je suis le papa de deux têtes blondes pour qui je ferai tout pour ne pas pourrir le monde dans lequel ils vont vivre.
Donc je m’applique à agir pour un monde meilleur dans ma vie professionnelle et personnelle, tout en profitant de la montagne, pour qui j’ai une passion sans bornes. Aujourd’hui, l’urgence climatique que nous vivons est sans précédent, nous ne savons pas vers où nous nous dirigeons et je veux tenter de garder le navire à flot !

Photo de Thibault
Thibault

Tu es donc une athlète, mais une athlète engagée. Cela veut dire quoi concrètement ?

Chloë

Pour moi ça veut dire que je me sens concernée par mon empreinte environnementale et que je suis préoccupée par l'évolution des conditions en montagne. Plus globalement, je me sens intimement liée à la nature puisque j'y passe la plupart de mon temps, et que j'essaie personnellement de me remettre en question continuellement quant à mes actions et leurs impacts.
Ca veut également dire pour moi que j'ai envie que mon image soit utile pour véhiculer un message, inspirer les générations futures et faire partie d'un réseau de gens qui m'inspirent également. On réfléchit ensemble pour faire de notre mieux et pratiquer nos activités en conscience, en essayant d'équilibrer au mieux la balance impact/plaisir.

Mosaique photos skieurs

©Giulio Salzani

Chloë

Quelle est ta relation avec Eider et comment les aides-tu sur le sujet de la responsabilité sociale et environnementale ?

Thibault

Au sein d’AIR coop ma mission est d’accompagner Eider dans l’ensemble de leurs engagements environnementaux et sociaux. Je suis leur partenaire et conseiller privilégié pour ces questions qui nécessitent une expertise particulière mais aussi un regard extérieur.
Concrètement, ça fait plus de 7 ans maintenant que nous travaillons ensemble à l’éco-conception des produits, et aujourd’hui plus de 70% de la gamme est composée de produits à faible impact environnemental, ce qui est assez exceptionnel au sein de l’industrie. Cela se traduit par des produits exempts de substances chimiques nocives ou composés de matériaux recyclés.
La prochaine fois que tu commanderas des produits pour la saison, tu pourras choisir des produits avec le label interne « Low Impact », et tu penseras à moi !

Schéma Low Impact
Thibault

Pourrais-tu m’expliquer le rôle et la responsabilité d’un athlète au sein de Protect Our Winters (POW) ?

Chloë

Mon rôle et ma responsabilité au sein de POW c'est d'être active sur des actions, des évènements ou des projets qui sensibilisent le grand public et plus particulièrement les acteurs de la communauté montagnarde au réchauffement climatique.
C'est être un vecteur de communication, aussi via les réseaux sociaux pour mettre en avant des engagements ou des actions, ou faire passer un message.
C'est être un porte-parole et témoin des changements et évolutions en tant que pratiquant, et vivant de près les conséquences du réchauffement climatique.
Mais c'est aussi et avant tout être un citoyen du monde qui tient à la nature et conscient de ce qu'elle nous offre et nous permet de faire, et par conséquent qui se remet en question et essaie au mieux de diminuer son impact et de vivre en conscience ses passions.
Enfin, mon rôle est de tendre vers un maximum de cohérence en faisant de mon mieux pour "être le changement que nous voulons voir dans le monde".

Chloé Roux qui rigole
Chloë

En tant que Président de POW, pourrais-tu m’expliquer concrètement ce que vous mettez en place pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Thibault

Chez POW, nous avons 3 axes de travail :

1. Eduquer et sensibiliser : Nous travaillons avec des athlètes comme toi Chloë, membres de la Riders Alliance, qui prennent la parole au sein de leurs communautés respectives pour informer sur les causes et les effets du réchauffement climatique, mais aussi et surtout pour inspirer l’action. Par exemple nous avons mis en place un programme de conférence dans les écoles des Alpes appelé « Mountain Heroes » (déjà 10 éditions en 2018), où l’athlète est sur scène, aidé par une vidéo interactive, pour partager sa vision, ses actions et inspirer les jeunes à agir. De plus pour chaque session, une bourse est offerte à chaque classe pour financer une action environnementale au sein du lycée. Ce sont eux les héros de la montagne maintenant.

2. Agir : Nous travaillons avec des stations de ski pour les aider à mettre en place des programmes ambitieux de lutte contre le réchauffement climatique. Nous appelons cela la « Resort Alliance ». Par exemple en France nous travaillons avec la station des Menuires, qui veut dégager un fond financier dédié à la lutte pour le climat. Cela se traduit par exemple par des formations aux bons gestes à adopter pour l’ensemble des équipes de la commune, du service des pistes, de l’office du tourisme ou des remontées mécaniques. Mais aussi et surtout par la mise en place d’un laboratoire d’étude des effets du changement climatique et d’expérimentation de solutions pour s’y adapter.

3. Mener un combat politique : Car agir individuellement ne suffit plus, nous poussons également notre communauté à agir au niveau politique. Nous étions présents en 2018 sur le Forum Economique de Davos aux côtés d’Al Gore avec des athlètes, nous nous rendons régulièrement à l’assemblée Nationale, notamment avec l’Association Européenne des Elus de Montagnes, et nous avons co-créé un collectif d’acteurs de la montagne qui risque de faire bouger les lignes prochainement : pour une Montagne Agile et Durable (MAD). Et il faut le noter, mais POW est présent également sur le terrain, pour chaque mobilisation pour le climat, dans la plupart des villes des Alpes.

Thibault

Attention, question piège (!), en tant qu’athlète tu es amenée à voyager, comment abordes-tu cet aspect de ta vie, sachant que les déplacements en avion restent très impactants sur le climat ?

Chloë

Le voyage fait partie de ma vie je ne peux le nier... Je me passionne à explorer la France et les Alpes et il y a encore une infinité d'endroits magnifiques que je ne connais pas ou très peu et sont proches de chez moi... Mais je suis comme tout le monde attirée par la nature de pays lointains aussi et découvrir de nouvelles montagnes, mais aussi de nouvelles cultures.
Je suis forcément bien consciente de l'impact que représente un trajet en avion et limite donc ces déplacements à des projets qui ont du sens pour moi et surtout, je me limite à un trajet en avion par an que je rentabilise en temps... Par cela, j'entends : ne pas prendre l'avion pour un week-end ou 10 jours, mais plutôt pour rester au moins deux mois... C'est ma façon d'aborder cet élément et de faire au mieux pour être cohérente avec mes valeurs, même si je n'ai aucune prétention et que personne n'est parfait.

Photo de groupe Power Our Winters
Chloë

A mon tour pour la question piège, au sein d’AIR coop tu accompagnes Eider sur sa stratégie développement durable, mais finalement ce type de marques continue à produire des produits de consommation, qui ont un impact assez fort sur l’homme et l’environnement non ?

Thibault

Oui tu as raison, nous sommes aujourd’hui dans une société capitaliste dite de « consommation » où les entreprises visent avant tout la croissance, et aucune industrie n’y échappe. Donc demander aux personnalités politiques de faire leur travail ou de changer nos habitudes de consommation, c’est une chose... Mais dans la réalité, 100 entreprises dans le monde sont responsables de 70% de l’impact sur le climat ! Nous devons donc changer le cœur du système pour avancer. Alors on ne va pas sortir nos sandales et lutter contre la société de consommation, car ce n’est pas ce que nous représentons, mais nous nous devons d’y réfléchir et accompagner ce changement à plus grande échelle. C’est mon travail quotidien chez POW et chez AIR coop.

Plus concrètement, avec Eider, nous avons fait progresser la marque de 15% à plus de 70% de produits labélisés « Low Impact » dans les collections depuis 2014, fait auditer 100% de chaînes de production au niveau social, fait éradiquer les traitements déperlants à base de fluor (PFC), fait certifier les plumes de doudoune “RDS” (garantie sans cruauté animale) et même fait protéger les canards eider dans le nord de l’Atlantique !

Photo de canards au nord de l'atlantique
Thibault

Maintenant qu’on a parlé des sujets qui fâchent, quel serait ton conseil à nos lecteurs pour réduire leur impact sur le climat, tout en profitant de la nature ?

Chloë

Je n'ai pas un conseil en particulier, mais plus globalement je dirais de se remettre en question, de réfléchir à notre consommation, notre façon de manger, de se déplacer et de changer des petites choses, petit à petit en y donnant du sens. Il y a plein de petits gestes du quotidien, le recyclage, réparer ses affaires, leur donner une deuxième vie, limiter les emballages, consommer local, bio, la façon de se soigner aussi, valoriser des entreprises qui s'engagent en achetant chez eux...
Essayer de réfléchir à tout ce qui peut se rapprocher le plus de la nature et qui la respecte au mieux, et d'enlever de son quotidien petit à petit tout ce qui n'est pas indispensable et qui a un gros impact pollueur. Tout simplement avant tout, je pense que passer du temps dans la nature renforce le lien que l'humain a naturellement avec elle, et qui se perd dans les villes et les rythmes de travail effrénés, ou par nos quotidiens dirigés par les nouvelles technologies.

Pancarte du niveau du glacier en 1990
Chloë

Et toi personnellement, que fais-tu pour réduire ton empreinte ?

Thibault

En plus de mes missions qui donnent plus de sens à mes jobs, je fais en sorte de réduire mon impact perso au mieux et en cohérence avec mon rythme et confort de vie. Je trie mes déchets, je fais mon compost (en appartement), je mange quasiment 100% local et/ou biologique, je limite de plus en plus ma consommation de viande (pas facile mais je progresse), je me déplace principalement en train (Grenoble / Annecy tous les jours) ou en vélo pour aller du bureau jusqu’à chez Eider ! Je n’achète quasiment plus rien de neuf (merci le BonCoin !), je fabrique avec mes mains ou je répare. Je soutiens des associations comme la mienne (POW) mais aussi Surfrider Foundation, Mountain Wilderness ou encore Inspire74.

Tout ça c’est bien, mais je pense que le plus important, c’est là où je peux encore progresser. Je prends encore ma voiture pour aller en montagne (souvent seul ou en famille), j’essaie de limiter les déplacements professionnels et personnels en avion, mais il en reste encore 1 ou 2 par an. Je skie en station assez régulièrement pour profiter de la bonne poudreuse, même si la randonnée prend de plus en plus de place dans ma pratique. Enfin j’essaie de réduire mes déchets à la source, mais je suis encore loin du zéro déchet ! Donc je suis loin d’être parfait, mais l’essentiel étant de vivre et de faire progresser ses contradictions, tout en agissant au plus niveau également.

Skieur en randonnée

©Giulio Salzani

Thibault

Un mot pour finir ? C’est toi la star aujourd’hui !

Chloë

Je suis sûrement trop hippie aux yeux de beaucoup mais si nous faisons les choses avec notre coeur, en conscience (ça veut dire pour moi : en se rendant compte des conséquences de nos actes et paroles), avec bienveillance les uns envers les autres, et en essayant de faire de notre mieux, (pas en fermant les yeux sur ce qu'on ne veut pas voir) c'est déjà un grand pas de chacun, et la base du changement !

Roux-Mollard
À propos de l’auteur
Chloë Roux-Mollard
Enfant des Arcs, Chloë est une passionnée de montagne dans sa globalité : ski freeride, highline, escalade et alpinisme n’ont plus de secrets pour elle. Cette touche-à-tout cherche perpétuellement à combiner toutes ces pratiques préférées, tout en limitant son impact sur l’environnement. Elle est ainsi engagée avec l’association Protect Our Winters qui vise à sensibiliser et agir pour la protection des montagnes et à lutter contre la fonte prématurée des neiges. Comme si tout cela ne suffisait pas, Chloë est également monitrice de ski et infirmière diplômée
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